Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Philippe Michon

peintre cubiste (1925-1999)

Le Roi Mendiant

Publié le 27 Mai 2016 par jean david michon in peinture, scene imaginaire, symbolisme, conte

huile sur papier 75cm X 55 cm (1985)

huile sur papier 75cm X 55 cm (1985)

Malgré son anticonformisme, mon père restait très attaché, à la religion catholique; sur la fin de sa vie, il avait une tendance au mysticisme & à la recherche d'une spiritualité authentique & dépouillée.

J'ai trouvé sur internet un très beau conte qui pourrait bien " illustrer" le tableau....

« Il était une fois un roi très puissant qui avait reçu en héritage le plus beau des Royaumes. Les terres sur lesquelles portait son pouvoir étaient sans fin, elles s'étendaient à perte de vue sous la voûte étoilée qui, la nuit, les berçait de mille feux scintillants. Le jour, c'est un soleil bienfaiteur qui réchauffait le sol et donnait aux choses une couleur vive qui élevait les sens.

Le pouvoir du roi était infini, non seulement parce qu'il possédait une armée innombrable d'ouvriers, de chevaliers et de mages à son service qui pouvaient accomplir tout ce que désirait le souverain, mais aussi car il pouvait commander aux êtres et aux choses. On disait que même les astres se pliaient à sa volonté. Malgré sa puissance, le roi n'abusait jamais de son pouvoir, il l'utilisait toujours pour maintenir l'harmonie dans son royaume et faire le bonheur de ses sujets.

Un jour un homme étrange demande une audience. Les gardes hésitent à le faire entrer. Malgré un indéniable charisme, l'homme est en effet bien sombre, étrangement vêtu et ses intentions ne sont pas claires. Le roi, curieux et généreux, veut donner sa chance à l'étranger et le reçoit dans la salle du trône. L'étranger entre, fait quelques pas et s'incline bien bas. Il est vêtu de haillons, ce qui est fort curieux pour le roi qui a toujours veillé à ce que ses sujets ne manquent de rien.

- Qui es-tu ? demande le roi.

- Je suis l'un de vos sujets, Majesté, comme toutes les créatures de ce royaume.

- Pourquoi es-tu vêtu de la sorte ? questionne le roi, la curiosité piquée à vif.

- Nous sommes nombreux à porter des haillons Votre Majesté. Vous ne sortez jamais de votre palais mais, là dehors, tout n'est pas rose.

- Comment ? Pourtant mes envoyés, mes ambassadeurs et les garants de mes décrets me disent que nul ne manque de rien !

- Ils vous mentent, Majesté.

- Impossible ! J'ai moi-même été chevaucher dans les plaines d'or ce matin, je n'y ai rien vu d'alarmant.

- Sauf votre respect, vous avez mal regardé Majesté. Les choses vont très très mal. Regardez mes haillons, croyez-vous que je les porte pour mon plaisir ?

- Non bien sûr, mais....

- Écoutez, je vous propose quelque chose, venez avec moi et je vous montrerai la misère de votre Royaume, vous pourrez ainsi arranger les choses. De plus, vous verrez, régner d'en bas est bien plus grisant.

- Ha bon ?

- Mais oui, de là bas tout est beaucoup plus jouissif, on peut vraiment connaître la vie telle qu'elle est. De plus, vous verrez, vous serez vraiment acclamé comme un Roi puissant et admiré.

- Mais je le suis déjà, j'aime mes sujet et mes sujet m'aiment.

- Bien sûr qu'ils vous donnent l'impression de vous aimer. Mais comment en être sur ? Comment savoir s'ils ne font pas semblant juste, parce que vous êtes dans ce grand palais... ?

Le roi fronce les sourcils. Soudain le doute s'installe en lui. Et si l'étranger avait raison ? Et si tout n'était pas vraiment parfait ? A cet instant, il sait qu'il faut qu'il vérifie, que plus jamais il ne pourra vivre en paix sans savoir si les propos de l'homme sont vrais.

- Bon, très bien, je fais prévenir ma cour et l'on vous suit.

- Mais non, Majesté. Il faut que vous veniez seul. C'est là tout le but de l'exercice. Il faut que vous veniez seul et que vous revêtiez des habits pareils aux miens afin de vous fondre dans la population, sinon vous ne pourrez jamais vous rendre compte de la véracité de mes paroles.

Les mots de l'étranger sonnent juste. Il est logique qu'il faille se fondre dans la foule pour prendre conscience des conditions de vie de celle-ci.

- Très bien, je vais prévenir mes couturiers et je vous suis.

- Ne vous donnez pas cette peine, j'ai tout prévu. Voici un habit de mendiant.

- Vous êtes vraiment prévoyant, vous alors.

- J'ai à cœur votre situation Majesté, conclut l'homme avec un sourire mystérieux.

Quelques instants plus tard, ils sortent du palais. Dans son empressement, l'homme accapare l'attention du souverain qui en oublie de prévenir la garde. S'en rendant compte après être sorti, le roi hausse les épaules.

Ils me reconnaîtront bien quand je voudrai rentrer, pense-t-il.

Après plusieurs heures de marche, les deux hommes arrivent à un village.

- Nous y voilà, dit l'homme mystérieux.

- Ce village ? Je m'y suis arrêté hier. Rien ne me semblait aller mal.

- Allez-y, vous verrez...

Et l'homme invite le souverain à entrer dans le village. Celui-ci s'exécute et se dirige vers la place. Une musique joyeuse l'accueille et il voit le village en liesse pour la naissance d'un enfant. Tout le monde porte des couleurs vives, tout n'est que rires, musiques et chansons.

Lorsqu'ils voient entrer le roi, les villageois froncent les sourcils, étonnés de son accoutrement mais ils ne s'en formalisent pas outre mesure et l'entraînent dans une danse joyeuse et harmonieuse.

- Tu vois étranger, tout va pour le mieux ici...

L'étranger n'est plus l'homme affable en haillon que le roi a accompagné. Il le toise maintenant d'un air narquois et agressif.

Surpris, le souverain s'en étonne.

- Pourquoi tu.... ?

Mais l'homme disparaît sans dire un mot. Pris d'une terrible angoisse, le roi quitte le village et court vers le château. Lorsqu'il arrive devant la herse, il voit ses soldats d'élite monter la garde, armés de leur épée de feu.

- C'est moi le roi, ouvrez-moi !

Les gardes échangent un regard avant d'éconduire cet homme à l'accoutrement étrange.

- Passe ton chemin manant ! Tu n'as pas ta place ici.

- Mais non, vous ne comprenez pas, il n'y a pas de manant dans ce royaume, c'est moi votre souverain !

- Passe ton chemin ou nous te réglons ton compte !

Comprenant que cela ne sert à rien d'insister, le souverain déchu s'en retourne au village. Il raconte sa mésaventure au peuple et on lui offre l'hospitalité.

Il vit là un temps, mais comme plus personne ne s'occupe de gérer les terres et d'envoyer les bâtisseurs royaux au bon endroit, la situation du village périclite et bientôt tout le monde doit se mettre au travail, les personnes qui le logent ne peuvent plus subvenir à ses besoins car la famine ne tarde pas à s'installer. Bientôt, la terre finit par ternir la couleur des habits, le rude travail déchire les vêtements et le souci du lendemain creuse les visages. Se sentant coupable, le roi tente de gérer le problème de l'intérieur, de reprendre ce monde en main. Mais peu à peu, privé de ses conseillers, privé de ses ressources, privé de ses moyens d'action, il ne peut plus grand chose pour aider les gens, pire les décisions qu'il prend semble parfois aggraver la situation. La population le rejette et bientôt il finit comme un pauvre mendiant dans la rue, victime des puces, des tiques et d'une étrange maladie de langueur, nostalgique conséquence de sa gloire perdue.

Dans ces conditions précaires, les souvenirs de sa vie passée ressemblent aux brumes d'un rêve, sa mémoire s’effiloche et il finit par ne plus connaître sa véritable identité. C'est dans cette misère la plus sombre, alors que, confronté aux gredins de la pire espèce, sa vie n'est plus que survie, qu'un homme vient le voir.

L'ancien roi est frappé par l'apparence de l'homme. Alors que tout le monde porte des vêtements ternes depuis longtemps, les étoffes de cet homme, pourtant aussi simples et pauvres que les siennes, semblent rayonner et éclater comme la promesse d'un jour de soleil.

- Qui es-tu ?

- Tu ne te souviens pas ? demande l'homme.

Il a une voix douce et vaguement familière au mendiant.

- Non... Enfin pas vraiment.

- Je t'ai confié un royaume autrefois, ce royaume.

- Ha bon... C'est possible...

Et soudain tout lui revient, le Royaume, les jours heureux, la ruse de l'homme sombre, la déchéance....

- Je... J'ai tout perdu... J'ai tout gâché, le mendiant fond en larmes.

L'homme pose une main sur son épaule. Et lui parle avec un amour où ne perle aucune condescendance.

- Tu n'as rien perdu. Tu n'a rien gâché. Tu as tout appris. Malgré toi et de la manière la plus rude, tu as acquis une maturité dont je n'osais rêver. Je suis fier de toi.

- Vraiment....Mais tout le malheur dont je suis responsable ?

- C'est triste, mais tu en as tiré les leçons. Viens, suis-moi, nous rentrons à la maison.

Sans se retourner, ils avancent sur le chemin. L'homme guide le roi-mendiant, au loin une douce lumière les appelle comme le fanal guide le navire en détresse.

http://www.relianceuniverselle.com/

Commenter cet article